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Progresser vers l’équité en santé : actions concrètes pour mettre en œuvre le cadre pour l’équité en santé d’ESC

Ces conseils pratiques et fondés sur l’action vous aideront à appliquer le Cadre d’action pour l’équité en santé d’ESC.

Sujets
  • Équité en santé
  • Personnel de santé
  • Engagement des patients
Public
  • Prestataire de soins au lieu d’intervention

  • Leader en santé

  • Organisme communautaire

Du cadre à l’action

Cette ressource accompagne le Cadre d’action pour l’équité en santé d’Excellence en santé Canada; elle approfondit les différentes actions qui favorisent des systèmes de santé plus équitables. Vous y trouverez des considérations pratiques, des exemples et des conseils pour soutenir la mise en œuvre dans différents contextes, en passant de concepts généraux à la pratique appliquée. Conçues pour soutenir un progrès continu, ces actions peuvent être adaptées aux besoins de divers organismes, équipes et communautés.

Les actions du cadre pour l’équité en santé

Bâtir une organisation plus inclusive

Bâtir une organisation plus inclusive, c’est créer une culture dans laquelle l’ensemble du personnel, les prestataires de soins, les patients et patientes et les personnes proches aidantes ont un sentiment d’appartenance et se reconnaissent dans le leadership, les politiques et les pratiques. Lorsque le personnel de santé se sent inclus et soutenu, il est plus à même d’offrir des soins équitables et respectueux des valeurs culturelles, centrés sur les besoins et les expériences des usagers et usagères et des personnes proches aidantes.

La création d’un environnement de soutien peut passer par un ajustement des pratiques et politiques organisationnelles, l’offre d’occasions d’apprentissage et le développement des relations collaboratives entre tous les membres de l’équipe. Ces efforts doivent s’appuyer sur des processus équitables et structurés faisant intervenir le personnel à tous les échelons, afin que des perspectives diversifiées orientent le changement organisationnel.

Lorsque des personnes et des communautés subissent des iniquités qui n’affectent pas d’autres groupes, les politiques et pratiques de l’organisme doivent être adaptées pour y remédier.

Chaque organisme rencontre des défis et opportunités uniques dans sa démarche vers l’équité en santé. Ce travail repose sur des fondements essentiels : créer un climat de sécurité psychologique, établir des règles de base pour un dialogue respectueux, et mettre en place des mécanismes de responsabilisation pour remédier aux préjudices.

Catalyser des politiques équitables

Les efforts stratégiques en matière d’équité en santé consistent à élaborer, mettre en œuvre et évaluer les politiques et les modèles de financement qui influent sur l’allocation des ressources et la prestation de soins aux personnes confrontées aux obstacles les plus grands.

Les politiques s’appliquent à différents niveaux : mandats et financement du système, priorités organisationnelles, flux de travail des programmes et opérations, et pratiques au point d’intervention. Catalyser des politiques équitables signifie élaborer et promouvoir des politiques qui réduisent les obstacles systémiques et redistribuent les ressources et le pouvoir de manière intentionnelle, notamment en soutenant le personnel pour qu’il comprenne les politiques qui le concernent, ainsi que les communautés desservies, et puisse demander des modifications. 

Ce travail nécessite un partenariat entre les différents rôles et niveaux d’un organisme. Même les politiques les mieux conçues sont insuffisantes si un soutien adéquat n’est pas offert aux gestionnaires et aux responsables opérationnels pour comprendre l’intention derrière une politique, soutenir les équipes et lever les obstacles à la mise en œuvre. Ce travail suppose également d’élargir l’analyse au-delà des organismes individuels pour comprendre comment les politiques d’équité adoptées à l’échelle du système peuvent améliorer durablement les soins et le bien-être communautaire.

Le partenariat communautaire est essentiel dans cette démarche : les membres de la communauté peuvent co-diriger le processus d’établissement des priorités, co-construire des solutions stratégiques, définir des indicateurs de succès et s’assurer que les politiques reflètent le vécu expérientiel et les connaissances communautaires. 

Co-construire des services pour répondre aux besoins de la communauté

Cette action marque une rupture par rapport à l’approche traditionnelle et descendante de planification des services. Celle-ci reposait historiquement sur des consultations ponctuelles avec des membres de la communauté, qui ne permettaient pas nécessairement de tenir compte de leurs priorités.

Il est essentiel de co-construire les services en partenariat avec les membres de la communauté, dotés d’un pouvoir décisionnel, pour veiller à répondre aux besoins de la communauté. Ils connaissent en effet ses forces et sont à même d’identifier leurs besoins. Les services co-construits sont plus pertinents et efficaces, et favorisent un climat de confiance entre toutes les parties impliquées. Il est également important que les membres de la communauté reçoivent une rémunération équitable et soient reconnus pour leur expertise et leurs contributions. 

La co-construction des services permet aux organismes de santé et de services sociaux de mieux tenir compte des besoins communautaires, de s’appuyer sur les forces existantes et de faire progresser l’équité en santé. L’évaluation des besoins est un outil que les communautés peuvent utiliser pour aider les organismes à cerner ces forces et à repérer les écarts entre les services existants et les priorités de la communauté. Il donne toutefois de meilleurs résultats lorsqu’il est intégré à une approche plus large, mise en œuvre en partenariat avec les membres de la communauté et dans l’ensemble des organismes de santé et de services sociaux, en tenant clairement compte de l’influence des facteurs sociaux et structurels sur la santé et l’accès aux soins.

Parmi les services relevés par la communauté qui permettent d’agir sur les déterminants sociaux de la santé figurent les programmes de sécurité alimentaire, les soutiens à la stabilité du logement, les programmes d’orientation par des pairs, ainsi que les services d’installation ou d’aide linguistique pour les nouveaux arrivants et arrivantes.

Recueillir et utiliser des données axées sur l’équité

Utilisées judicieusement, les données axées sur l’équité nous révèlent comment les systèmes créent et maintiennent les iniquités subies par les personnes et les communautés structurellement marginalisées, non seulement au sein des organismes, mais aussi dans les soins qu’ils fournissent. Ces données aident à repérer les disparités, à cibler les interventions et à mesurer les progrès vers l’objectif : des organismes et des services plus équitables.

Pendant longtemps, les communautés ont souvent été exclues des décisions concernant les données recueillies et leur utilisation. Cela leur a été préjudiciable : elles ont été surveillées, leurs données ont été extraites sans consentement ni avantage, et des informations les concernant ont été utilisées de manière abusive, ce qui a renforcé la discrimination et la méfiance. Compte tenu de cet historique, les organismes doivent recueillir et utiliser les données en veillant à ce que les communautés donnent leur consentement, gardent un contrôle sur ces données et tirent un avantage de leur utilisation.

Les organismes doivent instaurer des processus d’engagement communautaire officiels qui donnent au personnel ou aux membres de la communauté concernés un rôle décisionnel (et pas uniquement participatif) pour tout ce qui concerne la collecte de données. Les partenariats continus avec ces groupes pour déterminer comment et pourquoi les données sont collectées et utilisées sont au cœur des pratiques en matière de données axées sur l’équité. Les cadres de gouvernance des données élaborés par la communauté, tels que les principes de propriété, de contrôle, d’accès et de possession (PCAP) des Premières Nations, fournissent des lignes directrices essentielles pour adopter des pratiques de gestion des données respectueuses.

Renforcer les compétences essentielles des membres de l’équipe

Il est fondamental de doter tous les membres de l’équipe de compétences essentielles liées à l’équité pour opérer un changement significatif et pérenne en faveur de l’équité en santé. Ces compétences leur permettent de reconnaître les iniquités, de mettre un terme aux pratiques préjudiciables et de collaborer pour co-concevoir des systèmes plus équitables.

Pour ce faire, il faut offrir aux membres de l’équipe des occasions d’apprentissage continu axées sur la sécurité culturelle, ainsi que sur les soins antiracistes, anti-oppressifs et tenant compte des traumatismes. Il est également important que le personnel ait la possibilité de déconstruire les croyances et les pratiques préjudiciables, en examinant les suppositions, en combattant les préjugés et en remettant en question des approches auparavant considérées comme neutres. Il doit être soutenu dans cette démarche pour l’aborder avec humilité.

Ces espaces d’apprentissage, de désapprentissage et de croissance collective favorisent un sentiment d’appartenance au sein du personnel de santé et renforcent sa capacité à offrir des soins équitables. Les objectifs de développement des compétences en matière d’équité devraient être intégrés aux plans d’apprentissage et de développement organisationnels pour tous les rôles et échelons. Ils doivent comprendre des attentes claires relatives à la mise en application de ces compétences au quotidien, avec des structures de soutien et des mécanismes de responsabilisation pour favoriser la réussite.

Améliorer la prestation des services

Au Canada, nombre des modèles de prestation traditionnels ont été conçus pour les personnes appartenant aux groupes dominants, ce qui crée des désavantages et des obstacles pour les populations structurellement marginalisées, et perpétue ainsi les inégalités. Ces systèmes reposent sur une approche uniforme qui, souvent, exclut ou dessert de façon insuffisante les personnes ayant des expériences, des circonstances et des besoins diversifiés. 

Améliorer la prestation de services suppose de concevoir des systèmes accessibles, inclusifs et réactifs pour les personnes et les communautés desservies. Cela passe par l’examen et l’ajustement de l’échéancier, de la dotation en personnel, des flux de travail et de l’accessibilité des services. Pour ce faire, les organismes doivent suivre le leadership communautaire à l’étape de conception des services et transférer le pouvoir aux membres de la communauté ainsi qu’aux usagers et usagères.

Il est nécessaire de poser des questions essentielles pour progresser : qui bénéficie des modèles de prestation de services actuels? Qui est exclu? Qui supporte la charge? Comment pouvons-nous réduire les disparités en matière d’accès et de résultats? Pour répondre à ces questions de manière concrète, il faut avoir mis en place des mécanismes de responsabilisation qui garantissent que les rétroactions de la communauté donnent lieu à des changements réels – par exemple, par le biais de revues communautaires régulières des services liées à des initiatives d’amélioration spécifiques.

Adopter un système de responsabilisation souple et continu

Faire preuve de responsabilité, c’est assumer les décisions, les actions et leurs conséquences, aussi bien individuelles que collectives. Cela suppose de reconnaître les erreurs et les préjudices, et de prendre des mesures concrètes à des fins de réparation et d’apprentissage. Un mécanisme de responsabilisation performant permet de traduire les engagements envers l’équité en actions concrètes, et d’établir des relations de confiance avec les personnes et les communautés que dessert l’organisme.

Faire preuve de responsabilité envers les communautés signifie également s’assurer qu’elles disposent d’une véritable autorité pour tenir les organismes responsables, grâce à des rôles de gouvernance formels, des rapports transparents et une responsabilité partagée lorsque les engagements ne sont pas respectés.

Les processus de responsabilisation efficaces reposent sur des relations réciproques et durables avec les personnes et les communautés. Pour bâtir ces relations, il faut instaurer des mécanismes de responsabilisation transparents fondés sur l’humilité, l’honnêteté face aux défis, ainsi qu’un engagement et une confiance pérennes. Par exemple, certains organismes de soins primaires ont mis en place des structures de gouvernance communautaire qui orientent la conception des programmes et l’allocation des ressources. Les initiatives axées sur l’équité sont ainsi mises en œuvre de façon adéquate, avec des ressources appropriées.

Dans une solide culture de responsabilité, chaque personne est encouragée à assumer ses actions et à tirer des enseignements des échecs. Sans processus clairs de responsabilisation mutuelle, les efforts visant à promouvoir l’équité en santé et à opérer des changements systémiques risquent de s’essouffler, ce qui érode la confiance et crée des obstacles à l’accès aux soins pour celles et ceux qui en ont le plus besoin.

Changer les rapports de pouvoir et permettre aux communautés de prendre le leadership

Pendant longtemps, les réseaux de la santé ont gardé le contrôle sur la définition des priorités, l’allocation des ressources, la conception des services et le processus décisionnel global concernant les services. Les communautés les plus touchées par les inégalités en matière de santé étaient donc souvent exclues.

Changer les rapports de pouvoir, c’est créer les conditions nécessaires pour permettre aux communautés de prendre le leadership et de jouer un rôle actif dans la planification, la prise de décisions, la définition des priorités et la conception des services. Cette approche vise à donner à la communauté le contrôle des décisions et des ressources, et à reconnaître son expertise. Elle part du principe que les communautés ont des forces, des connaissances, une expertise et le droit à l’autodétermination.

Par exemple, certains organismes réorientent des ressources – telles que le financement ou les infrastructures – afin qu’elles puissent être gérées, exploitées ou distribuées par les communautés de manière à répondre à leurs besoins. De telles approches reposent sur des efforts à long terme visant à établir des relations avec les communautés, afin que le leadership communautaire puisse être reconnu et valorisé au sein des systèmes de santé. Il ne s’agit pas, pour les organismes, de « donner » du pouvoir, mais de renoncer au contrôle et d’éliminer les obstacles qui ont longtemps exclu les communautés.

Il est essentiel de comprendre de quelle façon les organismes entravent ou limitent le pouvoir communautaire, au travers d’un accès limité, de processus rigides, d’un contrôle inégal du financement et de l’information ou de mécanismes décisionnels excluants. Pour changer les rapports de pouvoir, les organismes doivent modifier la façon dont les décisions sont prises, les ressources contrôlées et les priorités établies.

Ce processus est source d’inconfort et peut se heurter à une résistance, en particulier lorsqu’il modifie des rôles établis de longue date et le contrôle sur les décisions et les ressources. Pour surmonter cet inconfort, il est donc essentiel de préparer l’organisme en formulant des attentes claires, en offrant une formation sur le partage du pouvoir et en définissant les responsabilités envers le leadership communautaire. 

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