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Créer des programmes sur la sécurité culturelle qui ont un impact durable
Il ne fait aucun doute que la sécurité culturelle est une composante essentielle de la prestation de soins et de services de santé. Mais comment créer des programmes sur la sécurité culturelle qui ont un impact durable? L’expérience d’une équipe de soins au Nunavut offre des pistes de réflexion inspirantes, susceptibles d’aider d’autres organismes à orienter leurs propres démarches en matière de sécurité culturelle.
- Date
- 25 juin 2026
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L’hôpital général de Qikiqtani, qui dessert les populations de la région de Qikiqtaaluk, dans l’est du Nunavut, a mis en place une initiative remarquable : un programme de formation sur la sécurité culturelle qui suscite un vif enthousiasme, si bien que de nombreuses personnes souhaitent déjà y participer à nouveau. L’équipe à l’origine de ce projet est prête à nous livrer les clés de sa réussite.
Depuis 2024, l’hôpital général de Qikiqtani et le gouvernement du Nunavut collaborent à l’élaboration d’un programme sur la sécurité culturelle destiné aux médecins de la région de Qikiqtaaluk, la plus vaste du territoire. Soutenu dans le cadre du projet collaboratif de conception sur la sécurité culturelle d’Excellence en santé Canada (ESC), le programme combine des apprentissages en ligne et en présentiel ancrés dans les expériences vécues des Inuit. Il vise à aider les prestataires à offrir des soins plus respectueux des valeurs culturelles, et à combattre le racisme systémique vécu par les Inuit, qui représentent au moins 80 % de la population de la région.
Adapter le contenu à la réalité des communautés
Lors de la conception du programme, l’équipe souhaitait proposer une formation qui corresponde réellement aux besoins et aux réalités de la plus grande région du Nunavut, contrairement aux formations existantes en compétence culturelle, souvent plus génériques.
L’engouement des personnes participantes tient en partie au fait que le programme est porté par les communautés inuites et ancré dans leurs expériences réelles, plutôt que dans une approche standardisée de la sécurité culturelle.
« Il n’y a pas d’autres groupes autochtones sur le territoire, explique le Dr Francois de Wet, médecin-chef de l’hôpital général de Qikiqtani et médecin-chef territorial du ministère de la Santé du Nunavut. Il était donc important de se concentrer sur ce qui compte pour les Inuit et de leur confier les rênes du projet. »
Conçue en collaboration avec un consultant inuit et s’appuyant sur le vécu expérientiel des Inuit de la région, la formation offre un apprentissage à la fois pratique et réflexif. Elle met en lumière les réalités culturelles et sociales qui influent sur la manière dont les Inuit perçoivent le système de santé et y ont recours. On y aborde notamment la structure familiale, les valeurs, ainsi que les traumatismes qui sous-tendent la profonde méfiance envers les figures d’autorité, y compris les prestataires de soins.
« Nous ne racontons pas des histoires, mais des événements qui se sont réellement produits », ajoute Qalaapik Quaraq, conseillère culturelle et coordonnatrice de l’expérience de soins de l’hôpital. Lors des séances de formation en présentiel, elle a partagé certains objets et artefacts appartenant à sa famille afin d’aider les personnes participantes à mieux comprendre son vécu expérientiel et ses répercussions.
Faire de la sécurité culturelle une réalité
Lever les obstacles à la participation
Si la sécurisation culturelle s’inscrit dans la durée et va bien au-delà de toute formation ponctuelle, le programme permet néanmoins de combler des lacunes et de fournir des bases essentielles aux médecins nouvellement arrivés sur le territoire.
L’équipe a également constaté une plus forte participation lorsque les médecins bénéficiaient de plages horaires dédiées à la formation et de l’appui de leur organisme.
« Une formation sur la compétence culturelle existait déjà avant le lancement de notre programme, mais elle n’était pas offerte toute l’année », explique le Dr Francois de Wet. Chaque année, environ 150 suppléants et suppléantes viennent exercer dans la région. « Nous voulions leur offrir cette formation en amont, afin qu’à leur arrivée sur le territoire, ils soient déjà outillés pour offrir des soins respectueux et adaptés aux valeurs culturelles. »
La formation en ligne est proposée aux suppléants et suppléantes qui se rendent au Nunavut, si bien qu’à leur arrivée, ils ont déjà effectué entre deux et trois heures de formation. Le module comprend des vidéos et des questionnaires conçus pour répondre à différents styles d’apprentissage.
Ils peuvent ainsi passer au volet en présentiel (deux demi-journées) une fois sur place. Ce dernier est offert aux prestataires à temps plein, aux résidents et résidentes en médecine ainsi qu’aux suppléants et suppléantes de retour dans la région. Bien que ces séances en présentiel ne coïncident pas toujours avec l’horaire des suppléants et suppléantes ayant des contrats de travail de quatre semaines, les prestataires qui séjournent plus longtemps ou qui reviennent ont la possibilité d’y participer.
Et la grande majorité, pour ne pas dire la quasi-totalité, saisit cette occasion.
« Je ne pense pas avoir déjà entendu un médecin dire : “Non, je ne souhaite pas [terminer cette formation]” », ajoute le Dr Francois de Wet.
S’il attribue ce taux de participation élevé à l’intérêt et à l’engagement des prestataires de soins qui viennent exercer sur le territoire, l’engagement marqué de l’hôpital envers le programme y contribue sans doute également.
Selon le Dr Louai Musa, responsable de la formation médicale continue de l’hôpital, « dans de nombreux milieux de soins, on s’attend à ce que le personnel suive ce type de formation sans qu’on lui accorde le temps nécessaire, ce qui peut favoriser l’épuisement professionnel. Ici, le personnel dispose du temps requis et est indemnisé pour suivre la formation. Il n’a pas à y consacrer ses soirées ou ses fins de semaine. »
La sécurité culturelle, fondement essentiel des soins de qualité
Bien que le poste de conseillère culturelle à l’hôpital soit relativement récent, Qalaapik Quaraq étant la première à l’occuper, le Dr Francois de Wet considère ce rôle comme essentiel au renforcement de la sécurité culturelle dans les milieux de soins.
Avec l’appui de Qalaapik Quaraq et grâce à la richesse de son savoir, l’équipe continue de consolider l’apprentissage et de favoriser la participation des professionnels et professionnelles de la santé aux pratiques culturelles, tout en renforçant les liens de confiance dans les communautés desservies.
À titre d’exemple, Qalaapik Quaraq voit un réel intérêt dans la participation des prestataires de soins aux journées culturelles de l’Inuit Qaujimajatuqangit. Celles-ci leur permettent de se consacrer pleinement, durant une demi-journée ou une journée entière, à des activités comme la pêche sur glace, la cueillette de palourdes ou la construction d’igloos, des pratiques au cœur de la culture inuite. Elle suggère également d’organiser des visites à pied dans les communautés locales avec les suppléants et suppléantes nouvellement arrivés.
Si de telles initiatives peuvent contribuer à renforcer les liens, elle demeure néanmoins prudente quant au risque de fragiliser la sécurité culturelle que tout le monde s’emploie à bâtir.
« Je me demande comment cette approche peut être perçue par un public vulnérable, dit-elle. Mais en même temps, elle pourrait contribuer à bâtir la confiance au sein de la communauté en aidant les prestataires de soins à mieux comprendre les personnes qu’ils servent. »
Le Dr Francois de Wet souligne que ces efforts continus, et le fait de générer des idées en vue de faire évoluer et de renforcer la sécurité culturelle, sont essentiels à la pérennisation du programme.
« Nous ne nous sommes pas contentés de mettre en place ce programme pour ensuite passer à autre chose, explique-t-il. Il s’agit de s’imprégner d’une culture, de s’y immerger. »
En définitive, les patientes et patients sont les seuls à pouvoir déterminer si les soins qu’ils reçoivent sont respectueux des valeurs culturelles. Il s’agit donc d’un cheminement continu plutôt que d’un objectif figé. À mesure que les prestataires de soins de santé développent leur humilité culturelle, par la réflexion, l’écoute et l’établissement de relations, la confiance et la compréhension se renforcent au fil du temps. Comme le rappelle le Dr Louai Musa, les programmes comme celui-ci jouent un rôle essentiel en renforçant les connaissances et la prise de conscience, ce qui constitue la base même des soins de qualité, quel que soit le contexte.
« Travailler dans le système de santé, c’est côtoyer des gens aux parcours variés. Cette formation nous ramène à l’essentiel : comprendre cette diversité et offrir des soins de qualité et empreints de compassion, tout en tenant compte du point de vue de l’autre et en adoptant une approche qui favorise un sentiment de sécurité. »
Les organismes qui souhaitent mettre en place des programmes sur la sécurité culturelle inscrits dans la durée peuvent s’inspirer de l’expérience de l’équipe du Nunavut. Celle-ci souligne l’importance d’établir des partenariats communautaires, de bénéficier du soutien de la direction, de consacrer du temps à la formation et d’ancrer l’apprentissage continu dans le vécu expérientiel.
Les organismes qui souhaitent mettre en place des programmes sur la sécurité culturelle inscrits dans la durée peuvent s’inspirer de l’expérience de l’équipe du Nunavut. Celle-ci souligne l’importance d’établir des partenariats communautaires, de bénéficier du soutien de la direction, de consacrer du temps à la formation et d’ancrer l’apprentissage continu dans le vécu expérientiel.
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