Aller au contenu principal

Quand la sécurité culturelle devient la norme, et non l’exception

Pour les peuples des Premières Nations qui subissent depuis longtemps des inégalités et des préjudices dans le système de santé, l’objectif de soins plus sûrs peut sembler très ambitieux. Sonia Isaac-Mann, présidente-directrice générale de la Régie de la santé des Premières Nations de Sioux Lookout, offre des exemples de soins culturellement sécurisants à l’échelle du système et de la communauté, et décrit ce qui, selon elle, permettra de faire rayonner ces approches aux quatre coins du pays.

Celles et ceux qui rendent les soins plus sûrs est une série de billets de blogue présentant des réflexions et des expériences de personnes œuvrant dans les secteurs de la santé et des services sociaux au Canada. À travers des récits de patients et de patientes, de personnes proches aidantes, de prestataires de soins de santé, de leaders et de partenaires communautaires, la série explore les instants du quotidien, les relations et les systèmes qui influent sur la sécurité.

Une discipline, deux expériences de soins

C’est une expérience traumatisante dans l’enfance qui conduit Sonia Isaac-Mann à choisir une carrière dans le secteur de la santé.

Terrorisée par sa visite chez le dentiste, elle s’agite dans le fauteuil et se cramponne à la main de sa tante. Ignorant comment rendre la consultation culturellement plus sûre, et le fait que sa patiente est sur le point de s’échapper du fauteuil, la dentiste se penche pour lui injecter un anesthésiant. L’aiguille se retrouve dans son bras. Ses cris résonnent trois étages plus bas, et sa tante a le doigt cassé.

À l’époque, Sonia Isaac-Mann ne mesure pas pleinement le traumatisme qu’elle porte. Mais en tant que membre de la Première Nation Mi’gmaq de Listuguj, elle sait que son père a enduré à l’école des procédures dentaires à des fins expérimentales. Cette expérience n’est qu’un exemple parmi d’autres des répercussions du racisme et des systèmes coloniaux sur la sécurité des patients issus des Premières Nations.

Des années plus tard, durant sa spécialisation à l’Université de l’Alberta, Sonia Isaac-Mann vit une expérience de soins dentaires totalement différente. Consciente du traumatisme associé aux soins dentaires pour les membres des Premières Nations, sa dentiste discute avec elle de son expérience et crée un espace sécuritaire et confortable pour la procédure.

Des soins à l’image des communautés desservies

À ce moment-là, Sonia Isaac-Mann prend conscience de quelque chose.

« Lorsque j’ai compris comment le système [de santé] était conçu, j’ai réalisé que je ne voulais pas faire des études de médecine, explique-t-elle. J’avais besoin d’une expérience administrative. Je voulais être en mesure d’influencer les politiques. Et j’avais besoin de comprendre comment fonctionne le gouvernement pour pouvoir transformer les systèmes et faire évoluer les politiques. »

Pour Sonia Isaac-Mann, le meilleur moyen d’influer sur l’expérience des soins n’était pas de devenir médecin ou infirmière, des carrières qui lui étaient pourtant familières quand elle était enfant. Elle estime aujourd’hui que davantage de jeunes des Premières Nations doivent connaître les différentes voies professionnelles possibles dans le secteur de la santé.

« Plus vous avez de contrôle sur vos services de santé, plus vos résultats de santé s’améliorent. »

Aujourd’hui présidente-directrice générale de la Régie de la santé des Premières Nations de Sioux Lookout, Sonia Isaac-Mann soutient un organisme dirigé par des Premières Nations qui offre des programmes et des services de santé à ses communautés et à leurs membres.

Les modèles dirigés par les Premières Nations peuvent également réduire les lacunes et la confusion causées par le chevauchement des responsabilités fédérales et provinciales. Ils donnent davantage de contrôle aux Premières Nations sur la conception et la prestation des services, et favorisent ainsi des soins mieux coordonnés, plus adaptés aux besoins et culturellement sécurisants.

La sécurité culturelle n’est pas le fruit du hasard, elle se conçoit.

Il est impossible de parler de soins plus sûrs sans commencer par reconnaître le racisme systémique que continuent de subir les Premières Nations, les Inuit et les Métis lorsqu’ils accèdent aux soins et services de santé. Pour Sonia Isaac-Mann, nommer le racisme pour ce qu’il est, plutôt que de le présenter comme la conséquence regrettable d’un « malentendu culturel », peut inciter les organismes à changer les politiques et les normes.

Elle cite en exemple un outil mis au point en Colombie-Britannique, qui peut aider les organismes à combattre le racisme envers les Autochtones et à créer des environnements de soins culturellement sécuritaires. La norme Sécurisation culturelle et humilité pour la Colombie-Britannique a été introduite en 2022 par la Régie de la santé des Premières Nations de Colombie-Britannique et l’Organisation de normes en santé. Cet outil, premier du genre au Canada, répond à la recommandation 8 du rapport In Plain Sight, rapport publié en réponse aux allégations de racisme de la part du personnel d’un hôpital de l’île de Vancouver.

La norme nationale Sécurisation et humilité culturelles, lancée en 2026, s’appuie sur ces travaux et précise les exigences applicables aux organismes, aux institutions, aux leaders et aux équipes pour combattre le racisme subi par les Premières Nations, les Inuit et les Métis dans les systèmes de santé et améliorer la sécurité culturelle des services.

En fin de compte, c’est le patient ou la patiente qui détermine si les soins sont réellement culturellement sécuritaires, souligne Sonia Isaac-Mann. Ses rétroactions, associées à des initiatives d’amélioration de la qualité pertinentes, peuvent faire toute la différence.

« Même en tant qu’organisme des Premières Nations, nous devons veiller à intégrer la sécurité culturelle dans nos services et dans les nouveaux programmes », affirme-t-elle à propos du travail mené par la Régie de la santé des Premières Nations de Sioux Lookout.

Partager ce qui fonctionne

Écouter les patientes et les patients dans un milieu de soins donné est une chose. Créer un espace permettant d’apprendre des initiatives menées par d’autres organismes de santé en est une autre. Cela demande davantage d’efforts, et peut passer au second plan lorsque les ressources et le temps sont comptés.

Mais pour Sonia Isaac-Mann, c’est l’une des approches les plus utiles pour promouvoir la sécurisation culturelle partout au pays. Les soins en hébergement mis en place par sa Régie de la santé sont pour elle une initiative unique qui mérite d’être partagée.

« Nous offrons des services complets pour soutenir les membres des Premières Nations qui quittent leur communauté pour se rendre à Sioux Lookout, explique-t-elle. Dès leur arrivée, un véhicule de transport médical vient les chercher pour les conduire à leur lieu d’hébergement. Sur place, ils ont accès à des repas, des activités et des soutiens. »

Ce programme a déjà été présenté à d’autres organismes dans le cadre d’échanges de connaissances, mais il gagnerait à être diffusé plus largement.

Pour Sonia Isaac-Mann, il est important que les leaders prennent le temps de se réunir pour partager les pratiques exemplaires. « Historiquement, les Premières Nations se réunissaient pour mettre en commun leurs connaissances et comprendre ce qui fonctionnait et ce qui devait être amélioré, confie-t-elle. Nous avons un peu perdu cette tradition d’apprentissage mutuel. Nous réfléchissons à la création d’un réseau de soutien pour les leaders de la santé des Premières Nations. Le projet n’en est qu’à ses débuts, mais au moins, la discussion est lancée. »

Semaine nationale de la sécurité des patients 2026

Qu’est-ce qui rend les soins plus sûrs? Préparez-vous à la Semaine nationale de la sécurité des patients 2026

Découvrez le thème de cette année, les ressources de la campagne, des témoignages et des façons de vous impliquer.

En savoir plus

Rechercher...