Quand la culture, les relations et la communauté rendent les soins plus sûrs
Pour Jackie DeCoteau-Gill, offrir un sentiment de sécurité à une personne en fin de vie, c’est le devoir de tout être humain. Soutenir les personnes qui entreprennent leur voyage vers le monde des esprits est tout aussi important que d’accompagner les mères qui donnent naissance, et c’est précisément le soutien qu’elle offre.
- Date
- 22 octobre 2026
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Celles et ceux qui rendent les soins plus sûrs est une série de billets de blogue présentant des réflexions et des expériences de personnes œuvrant dans les secteurs de la santé et des services sociaux au Canada. À travers des récits de patients et de patientes, de personnes proches aidantes, de prestataires de soins de santé, de leaders et de partenaires communautaires, la série explore les instants du quotidien, les relations et les systèmes qui influent sur la sécurité.
Jackie DeCoteau-Gill œuvre dans les milieux de soins formels et informels. Elle accompagne les personnes et les familles des Premières Nations, inuites et métisses dans certaines des transitions les plus importantes de la vie. Les membres de sa communauté la considèrent comme une personne sécurisante qui voit les gens tels qu’ils sont et les accueille dans toute leur complexité. Pour elle, les soins plus sûrs ne se limitent pas à un service rendu; ils se créent grâce au pouvoir des liens humains.
La sécurité prend vie dans les liens que nous tissons
Lorsque Jackie DeCoteau-Gill évoque son travail en soins palliatifs auprès des personnes et des familles des Premières Nations, inuites et métisses d’Edmonton (Alberta), elle ne mentionne pas une seule fois le mot « patient ou patiente ».
« Je ne travaille pas pour le système, je travaille pour vous en tant que personne, explique-t-elle. Le terme consacré est doula de fin de vie, mais je préfère tante en soins palliatifs. Je remarque que j’arrive à lever les obstacles. »
Son rôle de tante est très varié : elle accompagne les personnes de la naissance au décès et soutient les familles endeuillées lors du passage d’un être aimé dans le monde des esprits. Jackie DeCoteau-Gill est la fondatrice de la Kokums Helper Society, à Edmonton, et elle souhaite maintenant ouvrir un centre autochtone de soins de fin de vie. En plus de tout cela, elle demeure une personne-ressource de confiance au sein de sa communauté. Cette vocation est ancrée dans une approche profondément humaine : accueillir les personnes telles qu’elles sont.
« Les membres de la communauté me voient comme une tante qui les aime et qui prend simplement soin d’eux sans distinction, ajoute-t-elle. Et c’est ce qui compte vraiment. »
Pour Jackie DeCoteau-Gill, la sécurité n’est pas quelque chose que l’on offre, mais plutôt un état, un lien que l’on peut créer ou ressentir. « Pour moi, être une personne sécurisante, c’est travailler avec le cœur plutôt que de cocher des cases ou de chercher à réduire les coûts, explique-t-elle. J’ai toute une boîte à outils pour aider les gens à découvrir ce dont ils ont besoin pour se sentir entourés et en sécurité. »
Lever les obstacles à l’appartenance
Jackie DeCoteau-Gill se souvient d’un membre de la communauté en fin de vie. « Il était très croyant, et il avait très peur de ce qui l’attendait, raconte-t-elle. Je lui ai dit : "Vous allez dans un bel endroit et un jour, c’est à vous que j’adresserai mes prières. Toute la folie d’ici-bas n’existera plus, et vous ne serez que lumière." »
Pour Jackie DeCoteau-Gill, offrir un sentiment de sécurité à une personne en fin de vie, c’est simplement le devoir de tout être humain. « Lorsque votre valeur en tant que personne est reconnue, quel que soit votre rôle, la sécurité prend vie tout naturellement parce que vous vous sentez en mesure de poser des questions et de ressentir un sentiment d’appartenance. Vous savez que vous êtes à votre place, dit-elle. Nous ne laissons jamais les mères qui accouchent seules. Alors pourquoi ne pas accompagner aussi les personnes qui entrent dans le monde des esprits pour atténuer leur peur de l’inconnu? »
Cultiver des soins plus sûrs
Jackie DeCoteau-Gill a renoué avec sa culture à l’âge adulte, un parcours qui a façonné la façon dont elle accompagne les membres de sa communauté, et ce, à toutes les étapes de la vie.
En tant que guide culturel, elle offre des soins aux moments charnières de la vie. Selon elle, trois éléments interconnectés sont essentiels lorsqu’il s’agit d’offrir un soutien sécuritaire aux autochtones, et ils nous invitent à être présents avec et pour les autres.
Des soins ancrés dans la culture
« Je suis absolument convaincue que ce sont les Autochtones qui doivent prendre soin des Autochtones, affirme Jackie DeCoteau-Gill. Les gens ne réalisent pas le poids des traumatismes que nous portons encore aujourd’hui. Une personne autochtone au service d’un membre de sa communauté peut comprendre ce fardeau et l’aider à s’en libérer petit à petit. »
Elle insiste également sur l’importance de pouvoir pratiquer librement sa culture autochtone. Les cycles saisonniers qui lui sont associés sont essentiels au soutien offert à la communauté dans son ensemble, même s’ils ne correspondent pas aux horaires de travail de la culture coloniale.
« En été, nous organisons de nombreuses cérémonies dans la communauté et c’est aussi le temps des récoltes. C’est à ce moment-là que je rassemble les remèdes à utiliser au cours de l’année et que je cueille le foin d’odeur pour les gens. Lorsque nous demandons un congé, nous sommes en réalité activement en train de rassembler ce dont nous avons besoin pour contribuer à notre communauté, explique-t-elle. Nous avons besoin d’un équilibre différent entre le travail et la vie personnelle pour pouvoir tisser des liens, recevoir des enseignements et prendre soin de notre être. »
Des soins pour la personne dans toutes ses dimensions
Pour Jackie DeCoteau-Gill, au cœur des soins, il y a la personne. Autrement dit, il s’agit de veiller au mieux-être de la personne dans son ensemble, avec un regard fondamentalement humain. Il faut prendre le temps nécessaire, regarder au-delà des symptômes, comprendre et prendre soin de toutes les facettes d’une personne.
« Les personnes autochtones portent des enseignements dans leur cœur, dit-elle. Lorsque je fais une demande de subvention en santé, je dois quantifier le montant économisé. Mais en réalité, je dois considérer les quatre dimensions d’une personne. De quel soutien a-t-elle besoin spirituellement, physiquement, émotionnellement et mentalement? » Ces enseignements guident les façons autochtones de savoir et d’être et de se soutenir mutuellement. Cette approche holistique permet d’obtenir de meilleurs résultats.
Des soins ancrés dans la communauté
En outre, Jackie DeCoteau-Gill insiste sur les avantages qu’offrent les soins communautaires.
« Dans une vision occidentale des soins, ceux-ci peuvent être prodigués par un thérapeute, un médecin ou encore un préposé aux services de soutien, qui travaillent tous de manière indépendante, explique-t-elle. En revanche, l’approche autochtone de la cérémonie et de la gouvernance promeut une prise en charge au sein même de la communauté, où tout le monde travaille main dans la main. »
Cela crée une continuité dans l’expérience des soins et évite aux personnes de revivre un traumatisme en répétant leur histoire à plusieurs intervenants.
Et les bénéfices s’étendent à toute l’équipe. « Lorsqu’une équipe connaît la personne et lui donne les moyens de prendre ses propres décisions, elle réduit le fardeau de toutes les personnes concernées », ajoute-t-elle.
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